Envies nomades, en vie, nomade…

Mardi 4 juillet 2017

 

Depuis la terrasse de café d’un charmant petit village varois, l’effervescence mentale des préparatifs de départ me pique le cerveau. Je vis la démultiplication neuronale engendrée par la multiplicité des tâches à accomplir. Il faut dire que j’ai opté pour le grand saut: quitter mon taf et toute idée de sécurité financière, quitter la ville et les personnes rencontrées là depuis une dizaine d’années, quitter le modèle de vie sédentaire et ascensionnel proposé par la grande vague… Et à ce stade, la vague est un rouleau, voire même un rouleau compresseur, écrasant sournoisement la palette de nos libertés fondamentales jusqu’à nos plus vieux rêves d’enfants.

Mais pourquoi tu fais ça? Pourquoi tu pars? Il est bien ton job non? Ah, ces questions maintes fois posées auxquelles on se doit de répondre au mieux par des discours enflammés et libertaires, au pire par des justifications interminables sur le bien-fondé de notre choix…! Ce n’est pas exactement ce que je ferai ici, d’autres nomades, écrivains, poètes, voyageurs-chercheurs, troubadours d’antan et d’aujourd’hui l’ayant si bien décrit avant moi, je laisserai l’écho de ma voix/voie à la beauté de leurs mots (voir “inspirations” ci-dessous).

C’est donc à l’insolite, l’image, l’humour et aux instants de grâce auxquels je me réfère pour répondre à la grande question, car oui, quoi que l’on en dise, la vie nomade se heurte encore beaucoup aux peurs sociétales, à l’absurde, aux schémas traditionnels, et aux angoisses ancrées depuis que l’enfant en nous a cru que dans la vie, “On ne fait pas ce qu’on veut”, et que c’est mal de “Ne pas savoir”.

“Mais tu feras quoi quand tu rentreras…??” – Euh… J’en sais rien, je ne suis même pas encore partie.

Alors, Pourquoi partir? Pas parce que c’est “mieux” ou “moins bien” qu’autre chose, par pour la gloire ni les selfies, pas pour l’apologie du voyage au détriment du respect de mes amis sédentaires… Il ne s’agit donc que d’intuitions ressenties en moi pour les réponses:

  • Parce que je suis plus cigale que fourmi, et plus tortue que lièvre;
  • Parce que je n’ai pas envie d’avoir d’attentes pour l’avenir et d’emploi du temps défini des mois à l’avance… “Et ta retraite tu y penses?”: si on parle du lieu de vie calme et tranquille dans lequel on se retire pour vaquer à ses méditations et contemplations quotidiennes, ah, ça oui, j’y pense, et plus j’y pense, plus je me dis que c’est EN MOI! Pour le reste, c’est un bien trop lointain projet pour que j’y investisse une quelconque énergie;
  • Pour pouvoir observer les libellules et les crapauds au bord des rivières, me prélasser sans culpabiliser, aller voir les couchers de soleils tous les jours, et me lever au rythme du ciel;
  • Pour profiter de cette merveilleuse habilité dont est doté l’homme: le mouvement. Comme les botanistes l’ont si bien observé, les arbres comme les humains partagent la verticalité: pieds sur terre, tête dans les étoiles. Mais si les arbres ont l’avantage du temps et nous susurrent leurs secrets de centenaires, les hommes ont eux l’avantage de l’espace. L’espèce humaine a troqué une immobilité majestueuse contre une belle danse éphémère.
  • Parce que je ne me fais décidément pas à l’idée de courir toute ma vie derrière un caddie et de me reposer cathodiquement sur un canapé. La nature a déjà en elle l’abondance et le loisir; elle est la source des sources et le spectacle de sa propre beauté.
  • Parce qu’il est selon moi bien trop illusoire de penser que l’on peut exercer un métier de “thérapeute” sans avoir l’humilité de reconnaître qu’on ne peut donner lieu à des guérisons, mais seulement à des rencontres.
  • Parce que je n’ai d’autre projet que celui de vivre l’instant et d’accueillir sereinement la piste qui s’ouvre devant moi, pas à pas, en étant consciente de mon espace de responsabilité, en choisissant l’amour plutôt que la peur… En ouverture, on ne peut qu’écouter ses intuitions profondes et se reconnecter à ses désirs enfouis: apprendre, explorer, RENCONTRER… Ces mots ont résonné en moi depuis tant d’années dans le vide, en rimes cachées: “dépendre, expliquer, RENFORCER” cette carapace et ces couches de vieilles pensées et d’habitudes qu’on porte sur soi pour avoir l’impression de contrôler sa vie, et que l’on dépose au fond d’un verre ou dans les volutes enfumées du fameux jeu des capitales, en un lâcher-prise forcé et nécessaire. Vient le moment où les jeux de maux n’ont plus d’intérêt.

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INSPIRER, EXPIRER… Ici, des inspirations qui ont ont pu déclencher des élans de joie… pour rappeler aussi que la vie nomade peut très bien être seulement intérieure…

“Et c’est ainsi qu’elle entend subsister, rouler sa bosse aux côtés d’hommes et de femmes du Grand Ailleurs, subsister de ce qu’elle gagne sur la terre et les mers avant de connaître le ciel” (Olivier Weber, à propos d’Ella Maillart, dans Je suis de nulle part)

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“En voyage, le premier jour on se demande pourquoi on est parti. Les autres jours, on se demande comment rentrer.”

“L’homme a la chance de pouvoir choisir à quel degré d’énergie brûler sa vie. Il peut fondre ses jours dans une fulgurance de comète ou bien s’économiser dans une existence hibernante.”

“Dans une vie, le feu roulant de la nouveauté brise les chaînes de la monotonie et donne aux jours leur puissance. L’énergie de l’existence se trouve contenue dans la propre incertitude de son déroulement. […] Le vagabond combat à chaque instant le racornissement. […] La piste est sa centrale énergétique. Le voyage, l’intervalle entre les habitudes des hommes.”

(Sylvain Tesson, Éloge de l’énergie vagabonde)

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“La liberté ne survient que lorsque l’action est celle d’une vision claire; elle n’est jamais déclenchée par une révolte. Voir clairement c’est agir, et cette action est aussi instantanée que lorsqu’on fait face à un danger. […] La liberté est un état d’esprit, non le fait d’être affranchi de “quelque chose”; c’est un sens de liberté; c’est la liberté de douter, de remettre tout en question; c’est une liberté si intense, active, vigoureuse, qu’elle rejette toute forme de sujétion, d’esclavage, de conformisme, d’acceptation. C’est un état où l’on est absolument seul, mais peut-il se produire lorsqu’on a été formé par une culture de façon à être toujours tributaire, aussi bien d’un milieu que de ses propres tendances? Peut-on, étant ainsi constitué, trouver cette liberté qui est solitude totale, en laquelle n’ont de place ni de chefs spirituels, ni traditions, ni autorités? […] On n’est jamais seul tant qu’on est rempli des souvenirs, des conditionnements, des soliloques du passé: les déchets accumulés du passé encombrent l’esprit. Pour être seul on doit mourir au passé. Lorsqu’on est seul, totalement seul, on n’appartient ni à une famille, ni à une culture, ni à tel continent: on se sent étranger. L’homme qui, de la sorte, est complètement seul, est innocent et c’est cette innocence qui le délivre de la douleur. […] En cette solitude, on commence à comprendre la nécessité de vivre avec soi-même tel que l’on est, et non tel qu’on devrait être ou tel que l’on a été. […] La liberté ne peut se produire que d’une façon naturelle, non en la souhaitant, en la voulant, en aspirant à elle. Elle ne se laisse pas atteindre, non plus, à travers l’image que l’on s’en fait. Pour la rencontrer, on doit apprendre à considérer la vie -qui est un vaste mouvement- sans la servitude du temps, car la liberté demeure au-delà du champ de la conscience”

(Krishnamurti, Se libérer du connu)

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“Rien ne sert de courir, il faut partir à poil.” (Nans et Mouts, Nus et Culottés)

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