India part 4: Back to New Delhi

Mardi 28 février 2017

J’arrive presque sans encombre près des pistes aériennes de Gaggal à quelques dizaines de kilomètres de Dharamsala, au pied des montagnes enneigées de Dhauladhar. L’air est frais, le silence matinal inspirant. J’ai du temps pour écrire et laisser aller mes toutes nouvelles émotions au gré des minutes. Une jeune chinoise me suit de près, comme pour être rassurée de sa solitude; elle ne doit certainement pas voyager seule souvent… Je la rassure en lui partageant le peu d’informations que j’ai cru recueillir de l’anglais yaourté du haut-parleur indien, et en l’invitant à s’asseoir à côté de moi. Au décollage pour Delhi, je m’imagine agrippée au sommet d’une montagne en train de hurler “Je veux rester iciiiiiiiii!!!!!”. Le roc pyramidal semble si petit vu d’en haut, je pourrais en faire le tour avec mes bras. Je souris ensuite de mes pensées: lâche petite, la montagne est là en bas, et toi, tu t’envoles maintenant. Il n’y a rien à agripper, regarde comme c’est beau tel que c’est.

New Delhi en métro. Regards insistants. Je me rends compte trop tard qu’il y a un wagon “Women Only”. Les messieurs au guichet s’amusent à ne pas expliquer les choses. Pas de chance messieurs, je suis persévérante. Après une négociation sans faille du prix du rickshaw, j’arrive au point de rendez-vous avec Dh., impossible de le joindre. Une demie-heure dans le bruit tonitruant de la ville. Je sens quelqu’un me tapoter l’épaule: le visage ami apparaît comme un repère soudain et bienvenu “There are six exit in this station, I didn’t know how I could even find you. I chosed one, and you’re here“.  L’intuition… La douceur des retrouvailles apaise le trop-plein de sollicitations visuelles et sonores.

New Delhi en moto. Au moins, j’aurais expérimenté toutes les sensations liées au danger sur la route, même la confiance pure en mon hôte et en la vie, au milieu des klaxons, chemins croisés, barrages de route et freinages subits. Cette fois, c’est une des amies de Dh., R., qui m’hébergera, afin d’éviter tout problème et justification vaine et laborieuse sur la mixité passagère de la chambre de Dh. Elle est jeune, généreuse et drôle. Je suis encore vernie.

 

Mercredi 1 mars

Où suis-je? Cette impression étrange d’être perdue, parfois, au réveil. Je suis sous mon duvet, sur le lit dur de R., les yeux collés. Le ventilateur a tourné toute la nuit mais n’a pas empêché les moustiques de ravager mes bras. J’ai du mal à croire que ces bêtes-là aient une quelconque utilité dans l’écosystème.

Quelle étrange sensation que d’habiter à nouveau dans une cité universitaire… Je prends conscience que les résidences Baie des Anges et Saint-Antoine à Nice étaient tout de même d’un confort notable comparées à la sobriété de celle-ci. Ici, nous sommes dans un intérieur-extérieur infesté de moustiques et orné de vêtements en train de sécher dans la cour; l’eau doit y être filtrée et n’est pas toujours chaude, chacun a son grand et petit seau, et une paire de tongues obligatoire pour les sanitaires qui ne brillent pas de propreté. Les lits sont en bois sans lattes, les ventilateurs hurlent comme des hélices d’hélicoptères branlantes, le sol est simplement bétonné. Officiellement, garçons et filles sont séparés et ne peuvent se retrouver qu’aux heures d’ouverture de la porte-muraille, aux heures de repas. Le nom de chaque personne invitée extérieure à la résidence doit être inscrit dans un registre de sécurité avec date et heure d’arrivée et de départ, adresse, numéro de téléphone. Aux yeux de la gardienne qui s’obstine à me parler hindi et à me demander une carte d’étudiant que je n’ai pas, je suis donc une étudiante en architecture en échange Erasmus. Pourquoi pas. Malgré ces règles qui pourraient s’apparenter pour nous occidentaux au règlement intérieur d’une prison, le SPA Hostel est officieusement une oasis de liberté dans une société encore très conservatrice. Coincé entre un bidonville et un quartier riche, la résidence est réellement ce que les garçons ont adopté en guise de nom pour leur groupe de musique: The Middle Of Nowhere. Officieusement donc, les filles utilisent un passage secret un peu périlleux pour rejoindre l’autre côté; certaines, dont R., dorment régulièrement chez les garçons, et vice-versa. Tout le monde se connaît, entre sans frapper dans les chambres, laisse sa porte ouverte ou confie ses clés à son voisin. On peut fumer, dormir à 3, 4, 5 sur des matelas et duvets partagés…

Ce soir, la joyeuse bande et moi-même nous attelons à chanter à tue-tête jusqu’à tard sans que personne ne se plaigne, puis continuons à chanter et jouer de la guitare en déambulant dans les couloirs pour enfin arriver sur les toits à 2 heures du matin, où un étudiant en archi travaille sur un projet à même le sol pour une durée indéterminée. Nous chantons encore et encore, en étant là, simplement, dans la brise fraîche et la vision nocture du bidonville endormi. J’ai connu des ambiances plus répressives… Les jeunes indiens expriment eux aussi leur soif de libération de leurs conditionnements à grands coups de A minor et D major, en contournant bien généreusement l’absurdité des règles. SPA Hostel a un goût de révolution larvée.

La matinée me conduit au Lotus Temple, à l’architecture épurée, pour une méditation au son de la résonance des chants d’oiseaux invités à y entrer. Quel havre de paix dans la cacophonie incessante de Delhi! Je rejoins DH., R. et A. à l’université pour le déjeuner. Ils ont séché les cours, ayant veillé tard pour travailler sur un projet annexe, mais s’affichent sans vergogne à la cafèt’ du restaurant universitaire. L’important est d’atteindre le quota: 75% de présence aux cours. Un signal Whatsapp retentit. Tout le monde lâche subitement son assiette pour aller pointer en pirate sur la feuille de présence aux cours.  Il faut choper le bon timing pour glander dans les règles. Au menu, cuisine maison et savoureuse. Ils ne connaissent pas ici l’aseptisation, la congélation et la ruine nutritive au nom de l’uniformisation des règles d’hygiène.

Nous glandons tous les quatre, donc, l’après-midi, à Rajiv Chowk puis Delhi Haat. Je rencontre mon homonyme masculin, Banana Boy (alias A.), toujours le rire aux lèvres. Un dernier Butter Masala. Encore débutante, je croque à pleines dents dans un petit piment, le confondant avec un haricot vert. “Mange vite un peu de pain” dirait-on en France. Je ne peux pas, je mange sans gluten! “Prends du sucre” dirait ici la mère de Dh. But it doesn’t work anyway… me confie-t-il en riant.

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Le voyage se termine comme il a commencé: dans la liberté volée, la musique et le partage. Officiellement, je dors dans la chambre de R. pour ma dernière nuit en Inde. Officieusement, je soigne mes harmoniques au SPA Boys Hostel en accompagnant R., Dh. à la guitare et au synthé, P. au Cajón , dans des envolées lyriques pleines de joie et de mélancolie à la fois. La voix de R. est vraiment un cadeau pour les oreilles et l’âme; en l’écoutant, les yeux fermés, j’aperçois ce qu’on appelle Dieu. Nous nous endormons tous dans la même chambre, épuisés mais heureux, au son du vacarme assourdissant du ventilateur indien. J’ai l’intime conviction que je reverrai chacun des protagonistes de ce voyage sous peu, ici ou ailleurs.

Jeudi 2 Mars

Dernier thé avec Dh. et A., saveur attachement. Je les serre dans mes bras, émue; je sens le coeur de Dh. résonner aussi dans sa poitrine. Leurs sourires de jeunesse s’impriment sur la vitre du taxi.

Gorge serrée sur le chemin vers l’Indira Gandhi International Airport. Je quitte mes nouveaux amis, dis aurevoir à l’Inde et m’éloigne encore plus d’une personne très spéciale à mon coeur. Les retours piquent les yeux. Mais une sérénité et une confiance illimitées sont désormais implantées au bord de ma route et illuminent ma conscience. Que la Vie est belle, me dis-je encore dans les nuages du ciel de Milan, en lisant les Yogas Sutras de Patanjali. Des éclairs de génie.

I. 36: “Vishoka va jyotishmati” –> [La stabilité du mental peut venir de] “l’expérience d’un état lumineux et serein”

II. 42: “Samtoshad an-uttamah sukha-labhah” –> “Se contenter de ce que l’on a constitue le plus haut degré de bonheur”

II. 46: “Sthirasykham asana” –> “La posture: être fermement établi dans un espace heureux”

IV. 14: “Parinama-ékatvad vatsu-tattvam” –> “Même ce qui est changeant porte en soi le principe unique”

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