India Part 1: New Delhi

Dimanche 12 février

Arrivée à Delhi. Ballottés entre le manque de sommeil et la course sportive du chauffeur de taxi se frayant un chemin dans la jungle des pots d’échappement. Pas de pitié pour les couards. Les indiens sont peu bavards pour le moment; quota minimum d’informations pour les touristes que nous sommes. Dix kilos le sac, c’est encore trop gros pour se fondre dans la foule. Chaque démarche demande patience, humilité, mais aussi un minimum de méfiance. Des appâts humains brillant sur le revers de la médaille capitaliste. À la porte de sortie de l’aéroport, un comité-pancarte nous scrute, il doit voter pour le meilleur pigeon.

Au bord des routes, chaque parcelle de trottoir est propice à l’installation d’un commerce de débrouille. Système D, à base de sacs accrochés sur toutes les surfaces utilisables des vélos, remorques ou étals de fortune. Bal de couleurs. Fourmillements. Débordements de fruits. Mr Taxi Driver peut s’arrêter à tout moment pour nous proposer sa bouteille d’eau personnelle, demander son chemin ou serrer la main d’un pote. À Paris, Nice, et sans doute dans n’importe quelle autre ville de France, on guette le GPS et on serre les dents en attendant le verdict sur le prix de la course.

La fatigue mêlée à l’excitation nous amènent tout de même au bout de notre route. La pollution pique le nez. Nous voilà arrivés dans l’équivalent indien de nos cités universitaires: pas de verrous aux portes, chambres plus ou moins attribuées, sanitaires insalubres… Mais des sourires nous accueillent et des matelas sont installés avec coeur pour la sieste la plus attendue de notre vie. J’entre dans un sommeil semi-conscient pendant que D. et V., mes deux compagnons de voyage, partent dans une contrée ensablée. Musique en fond. C’est vivant ici. Notre hôte DH. et ses amis musiciens sont adorables. Moins on en a et plus on en donne. Chaque râleur de France gagnerait à venir faire un stage ici. Chill à quatre personnes dans une des pièces aménagée en bureau-pièce de stockage de matos de musique. Les boys dorment comme des bébés, j’en profite pour apprécier un après-midi calme et studieux dans ce 15m² de partage simple. Tous pieds nus et chacun son ordi. La modernité a deux vitesses. Je savoure le privilège d’un thé à la cardamome.

En faisant le tour de la résidence avec DH. qui essaie tant bien que mal de travailler mais qui ne peut s’empêcher de s’enquérir du bien-être de l’Autre, première vision de bidonville: des cochons se goinfrent sur des monticules de plastique. Une vieille dame pieds nus tape énergiquement quelque chose au sol, une petite fille rachitique l’observe. Deux vaches passent. Le sacré ici a quatre pattes. D’énormes tuyaux en métal traversent la “rivière” de plastique. Les habitants en récupèrent une matière pour en faire du combustible ou du matériel d’isolation sous forme de briquettes plates et rondes. Philosophie de DH.: Pay forward. Donne autour de toi, ces personnes donneront à leur tour, et caetera… un cercle vertueux qui reviendra (ou non) à toi, peu importe.

Des graffs partout sur les briques rouges des chambres en alvéoles, cocons de vie rudimentaire. La simplicité au milieu des voix qui rient et chantent. Il n’y a rien à idéaliser ni à juger. Je suis là, parmi eux. Je fais partie aussi de ce morceau du monde. Tout a changé à l’extérieur: décor, fringues, odeurs, atmosphère, langage. Mais je me sens incroyablement présente et inchangée. Le voyage glisse.

Une soirée mémorable autour d’un repas partagé avec les doigts avec DH., P., R., tous membres du même groupe de musique, et V. et D. Nos hôtes ont tous ce regard noir et profond dans lequel on peut plonger et ressortir avec le coeur plus chaud. En rentrant à la résidence, le gardien nous interpelle. Je n’ai pas le droit d’être ici, c’est la partie masculine du bâtiment et DH. s’est déjà octroyé trop de passe-droits avec les couchsurfers déjà hébergés ici. L’affaire attire beaucoup de protagonistes. Les grands yeux du gardien roulent en dehors de leurs orbites, et alors qu’il crie sans pause sur notre pauvre DH., celui-ci reste calme et impassible. Je me sens tout de même confiante sur cette chaise métallique et exclue de l’entrée malgré les regards inquisiteurs de chaque garçon franchissant le seuil de la porte. Affaire réglée, il nous faudra nous rapatrier dans une chambre d’invités, visiblement plus spacieuse et confortable que les chambres étudiantes, à leur grande surprise.

Jam musicale indo-française, où comment la musique transcende les frontières et la langue. Le rythme et la mélodie mêlées à quelques verres de vin rouge écartent toute timidité et nous transportent ensemble au royaume de l’universel. La voix de R… un cadeau. Oeuf-maracasse, omelette de rires. Contre toute attente, ils connaissent la chanson Aïcha de Khaled. Je n’ai jamais compris pourquoi ce n’est pas le meilleur qui dépasse les frontières. Bob Marley a certainement déjà du prendre tous les créneaux. Je m’endors comme une ravie de la crèche, pas prête d’oublier ce premier jour en Inde.

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Lundi 13 février

Se déplacer à Delhi, c’est un peu comme vivre en direct un tournoi de Mario Kart. Les obstacles sont:

  • les autres véhicules (en contre-sens ou non!),
  • les piétons,
  • les vaches,
  • les gens sur les talus et les terre-pleins.

Le circuit est:

  • immense,
  • bondé comme un soir de coupe du monde (250 000 habitants!),
  • bétonné de façon aléatoire.

Ambiance musicale: concert de klaxons.

Règles du jeu: pas de règles, tous les coups sont permis.

But du jeu: arriver à bon port sans mourir.

Ai beaucoup crié.

Le temps passé au quartier tibétain de la ville, Majnu Ka Tilla, en valait la peine. Une arrivée en parfaite synchronicité avec l’heure de la prière des moines bouddhistes dans le petit temple. Après une belle méditation au son des Dung Chen, je sors observer la vie sur cette petite place aux couleurs de Lhassa. La vie est belle. Les femmes vêtues de toutes les couleurs ont le droit de ne rien faire, d’être juste assises sur un bout de trottoir en regardant les enfants courir.

Cet humain qui sort tout juste du temple, souriant jusqu’aux oreilles lui aussi, et qui partage mon p’tit bout d’route, est magnifique.

 

Mardi 14 février

Quand nos hôtes doivent aller à la fac pour leurs cours à 10h, ils PARTENT en réalité à 10h… tous en retard, comme d’un commun accord signé par le besoin de sommeil. Et peu leur importe puisque de toute façon, “we have a long day so… we can arrive late”. Cette logique s’applique également au travail à faire à la maison, aux exposés à préparer en groupe, à tout. La notion de temps s’élargit comme un accordéon lâche. Nous voilà donc en VIP à l’université d’architecture à déguster des Idli et Pakora avec notre maladresse digitale occidentale, versus la dextérité naturelle et presque élégante de nos hôtes. Nous les quittons chaleureusement pour la gare des bus, après leur avoir promis une visite et de nouvelles harmonies vocales à mon retour à Delhi.

Bus pour Rishikesh, dans l’Uttharakand: absence d’amortisseurs, semi-sommeil entrecoupé de sursauts soudains, regards à la fenêtre pour observer la vie grouillante sur le bord des routes et devant les maisons ou les bidonvilles.

Ces sourires d’enfants qui ne connaissent pas le mot “pauvreté”… Les concepts n’atteignent pas les jeux.

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