NO drama

Il y a deux ans survenaient dans ma vie des instants inexplicables de douleur, de peur, d’incompréhension face à la violence de la souffrance physique, de colère contre l’immobilisme et la solitude qu’elle engendrait, de tristesse paralytique et sclérosante. Aucun mot ne semblait atteindre la réalité de ce que je vivais et faire réaliser à mes interlocuteurs à quel point j’avais mal, pourquoi je ne sortais plus, à quel point les multiples rendez-vous médicaux et atterrissages tardifs aux urgences m’angoissaient, ou comment les divers traitements m’anesthésiaient et me détruisaient encore plus. J’étais épuisée, ballotée entre le Dr Bidule et Machin, perdue dans les liasses d’ordonnances et de pilules plus ou moins douteuses, déjà très sceptique face à la démarche de la médecine allopathique mais pourtant si impuissante quand les pics de douleur ou les crises de symptômes bizarroïdes me prenaient que j’avais comme alternative l’unique assurance qu’au moins, avec tant de gouttes d’anti-douleur, je ne serais certes pas très vive mais je ne sentirais plus rien.

Pendant des mois, la “maladie” indiagnosticable m’a terrassée; mes déplacements se limitaient de ma chambre aux hôpitaux, ou du lit au bureau quand le corps m’autorisait des pauses syndicales. C’était le scénario Brélien de Les Vieux avec quelques dizaines d’années d’avance. Se retrouver incapable de porter ses courses ou de marcher plus de vingt minutes d’affilée à 26 ans apprend l’humilité et le respect des personnes handicapées au quotidien… Expliquer à ses collègues, sa famille, ses amis, et au mastodonte administratif qu’on ne peut aller travailler sans pouvoir le justifier d’un diagnostic précis ou d’un certificat médical estampillé relève d’un défi absurde et perdu d’avance. À cela s’ajoutent les difficultés financières d’une activité grandement réduite et la chute vertigineuse des comptes en banque vers les tréfonds du découvert autorisé.

Un jour, j’ai mis toutes les boîtes made in Sanofi dans un sac plastique que j’ai largué vigoureusement dans une benne à ordures. J’ai repris la responsabilité de mon corps et me suis reconnectée à une âme depuis trop longtemps noyée dans l’image des autres, le divertissement, un chemin de vie pré-balisé, et mes propres croyances… Changement d’alimentation, d’hygiène de vie, ralentissement imposé par la douleur, yoga, aide de médecines alternatives, lectures, et surtout: méditation, solitude, silence, et longs moments devant la mer… Depuis quand n’avais-je pas accepté de souffrir et d’accueillir toutes ces émotions et cet inconfort physique? Jour après jour, j’ai appris à écouter la douleur, et sans que cela soit aisé ou plaisant, à l’accepter et l’intégrer. Et plus je l’embrassais, moins elle prenait d’espace en moi.

En vivant l’immobilité, l’ego se disloque.

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On ne peut plus se définir par ce que l’on fait.

Suis-je seulement une danseuse, une amie, une fille, une amante, une activité? Le manteau. Suis-je et vis-je vraiment ce que je veux être? Le pull. Cette image, là, ce corps, ces cases dans lesquelles on veut me mettre, c’est vraiment moi? Et hop, le tee-shirt. Cette douleur, cette terreur, cette rage…? Peut-être rien de tout ça ou peut-être tout à la fois? La ceinture, le pantalon, les sous-vêtements, tout y passe. Mais alors, si je ne sais plus ce que je suis, qu’est-ce-que je fous ici? À poil.  Le temps d’une vie apparaît alors bien trop dérisoire pour s’accrocher aux couches inutiles que l’on porte au quotidien.

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L’humain se prend tellement au sérieux…

Dans nos scénarios de vie, on veut tout contrôler, on veut être le metteur en scène qui juge, compare, évalue, mais aussi l’acteur qui vit des émotions intenses et des aventures hors du commun alors que le producteur vient nous rappeler sans cesse que le budget du film est limité et qu’on ferait mieux de se conformer aux directives sous peine d’annuler le tournage. Mais au fond, quand on regarde un film, ce qui reste c’est le message non? Et même le MYSTÈRE du message! Ces impressions imperceptibles qui se dégagent et imprègnent directement l’être, cette résonance qui vibre avec la musique au bon moment, la bonne scène, un geste, la beauté d’une prise de vue. Oui, le message et la beauté. Le reste, je m’en contrefous.

Même l’histoire passe au second plan. Quand on l’a racontée une fois, cela suffit, rien ne sert de ressasser le synopsis qui n’est qu’un résumé déjà vieux, fade et sans saveur.

Résumer l’être à son histoire, quelle terrible identification…

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Il y a deux ans, quelle “histoire”… Sous l’apparence du drame se cachait la beauté du message:

Petite humaine grelottant au fond de son lit, il n’y a rien ni personne que tu puisses contrôler, laisse faire et accueille ce qui vient en toi et autour de toi comme un cadeau pour mieux te connaître et vivre pleinement.

Cultive ta Présence mais accepte aussi tes absences…

Petite poussière de l’Univers, tout est éphémère et tout est mouvement, à quoi bon se fixer dans des concepts? La danse de la Vie est illimitée, tu peux choisir et suivre le flot de l’enthousiasme, plutôt que baigner constamment dans une illusion du choix entretenue par tes conditionnements et tes peurs. Qu’as-tu à perdre? La considération et l’amitié de quelques personnes, celle de tes parents peut-être, celle de ton partenaire? Et alors?

Petite lumière tapie au creux d’une poitrine, diffuse-toi, répands-toi, rayonne! Exprime ce que tu es sans barrière ni honte, brille de tes talents, de tes gestes, de tes mots, de tes actes, sans nul autre but que celui de laisser la Vie faire ce qu’elle veut.

Aime, enfin! Aime ceux qui ne te comprennent pas, aime tes proches avec tous leurs défauts qui habituellement t’agacent, aime la différence et la richesse qu’elle t’apporte, aime ceux qui ont fermé leur visage pour leur décocher un sourire, aime ceux qui souffrent, qui ont froid, qui ont faim, aime ces rencontres miraculeuses et le hasard synchronique, aime ton âme-soeur pour la laisser être ce qu’elle est, aime la liberté et le souffle vivant du voyage intérieur, aime la nature et sa beauté manifeste… aime-toi, et même, aime d’Aimer! Aime en mise en abîme pour déconstruire les limites de ta propre histoire.

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2 thoughts on “NO drama

  1. Petite fille,

    Quelle évolution dans ta si courte vie ! je suis fière de toi et je constate combien ton âme aime et grandi dans l’ouverture et la beauté.. Tu es née pour cela. J’ai sans doute commis des erreurs envers toi en tant que mère , j’ai essayé de t’élever comme j’ai pu. Je te remercie d’être ce que tu es et je ne trouve pas les mots pour exprimer la joie et le bonheur de voir une belle âme qui a compris beaucoup de choses essentielles.
    Petite fleur de ma vie je t’aime.

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